Acte 2 : INCIDENTS AVEC LE MATERIEL.
Scène 1 : LE LECTEUR CD. J'ai préparé l'étude d'une chanson la veille, mais zut, incapable de trouver le bon CD, peut-être perdu dans l'une des montagnes de documents qui encombrent une partie de mon salon, ou alors dans la voiture. Pas grave, je me rappelle que j'ai aussi la chanson sur un autre CD marqué 'publicités'.
Le lendemain, déjà il faut se taper la honte de traverser tout le lycée avec un lecteur CD/K7 gigantesque sous le bras, triangulaire, vert foncé avec des touches rouges et jaunes, qui tient davantage de l'oscilloscope ou du tableau de bord de soucoupe volante que de l'objet moderne. Je pense que la seule raison qui motive l'établissement à les acheter est qu'ils sont 'involables' (nouveau mot inventé juste pour eux). Les élèves, avec leurs I-pods et maintenant leurs MP4, se foutent joyeusement de nous.
Donc, me voilà affairée à faire démarrer la chose verdâtre, et bien entendu rien ne marche, le volume est à fond, les basses aussi, la touche forward dérape, et au lieu de ma chanson, c'est 'Toutouyoutou' de Véronique et Davina, l'ignoble hymne des deux imbéciles de l'opérateur téléphonique, qui résonne dans la pièce. Je maudis mon chéri qui enregistre n'importe quoi sur ses CDs. Honte absolue.
Scène 2 : LE TABLEAU. Je me souviens que quand j'étais en stage, les salles du collège étaient toutes équipées d'estrades, un véritable cauchemar pour les profs selon moi. Alors certes, on se retrouve en hauteur, ce qui n'est pas désagréable pour mieux voir les élèves, mais on manque régulièrement de tomber ou de se fouler une cheville. Dans mon lycée actuel, il n'y en a pas, mais les tableaux en revanche sont de véritable fourbes. Moment de solitude intense lorsque je me suis pris un coin de tableau en pleine figure. Moment de douleur intense aussi, d'ailleurs les élèves n'ont même pas rigolé. 'ça va Madame ?' moi : 'oui oui, c'est pas grave' (écarlate).
Ils se vengent, ces tableaux, contre nous qui passons nos journées à les barbouiller et à laisser couche sur couche de poussière. Salauds.
Scène 3 : LE DEVOIR OUBLIE. Je dois avouer que le rangement n'est pas vraiment mon fort. J'ai toujours une idée claire et nette de ce que sera mon prochain cours, et les documents pour les élèves sont toujours prêts à l'avance, mais par contre c'est souvent le bazar dans mes dossiers à la maison et dans mon cahier de textes. Du coup, il m'arrive d'oublier certaines choses. Par exemple, bien que cela soit rare, de ramasser un travail à la maison, jusqu'à ce qu'inévitablement un élève trahisse les autres (qui en avaient profité pour ne rien dire, il va de soi) : 'ben Madame, vous ramassez pas les feuilles ?' immédiatement suivi d'un 'pfffff tais-toi crétin, elle s'en rappelait plus' général. Dans ces moments-là, je sors généralement un 'ah ah, justement je vous testais pour voir si vous alliez être honnêtes avec moi' (mais je ne crois pas qu'ils soient dupes lol).
Cependant, un jour ce fut terrible. J'arrive en cours, une classe à qui j'ai régulièrement remonté les bretelles cette année, car beaucoup de bavardage et de désinvolture dans le rendu de travail. Ils se méfient donc, s'installent calmement... et sortent une feuille!! Oh m****, j'ai oublié qu'ils ont un devoir aujourd'hui!! Mais alors, ce qui s'appelle complètement oublié, vu que je n'ai même pas préparé le devoir chez moi. Panique totale dans mon petit crâne. Que faire?
Je dois l'avouer, j'ai choisi la lâcheté. Je leur dis 'bon allez les enfants, je sais que je n'ai pas été très marrante avec vous ces derniers temps, mais vu que votre comportement s'améliore ces jours-ci, j'ai décidé de repousser le devoir à lundi, pour que vous ayez plus de temps de révision'. Dans la salle, des 'ah merci Madame', 'c'est gentil', 'vous êtes cool'... Je me sens éminemment lâche, mais j'ai sauvé ma peau. C'est l'essentiel. Autant vous dire que vu la sueur froide, je n'ai plus jamais oublié un devoir depuis.
Scène 4 : LE LAPSUS. Quand on parle pendant des heures et des heures non-stop, fatalement au bout d'un moment on bafouille. C'est plutôt des mots massacrés qu'autre chose, mais ma bouche a produit deux gros monstres dont je ne me remets toujours pas. Première situation; un texte qui parlait de discrimination à l'égard des homosexuels. J'ai réussi à sortir un 'c'est pas très gai tout ça', totalement involontaire, qui fut longuement applaudi par les élèves 'bravo Madame, quel talent' (et moi cachée sous le bureau).
Puis deuxième situation, en parlant de la difficulté à financer l'éducation des enfants de nos jours, je sors un splendide 'si on veut des enfants de nos jours, c'est sûr qu'il faut bien calculer son coup'. Solitude assurée pendant au moins vingt secondes.
(PS : pourquoi placer le lapsus dans 'Incidents avec le matériel'? eh bien parce que je ne savais pas où le mettre, j'avoue. Mais nous pouvons considérer que notre langue fait partie du matériel essentiel du professeur, non?... Non? Euh, bon bah tant pis)
Scène 1 : LE LECTEUR CD. J'ai préparé l'étude d'une chanson la veille, mais zut, incapable de trouver le bon CD, peut-être perdu dans l'une des montagnes de documents qui encombrent une partie de mon salon, ou alors dans la voiture. Pas grave, je me rappelle que j'ai aussi la chanson sur un autre CD marqué 'publicités'.
Le lendemain, déjà il faut se taper la honte de traverser tout le lycée avec un lecteur CD/K7 gigantesque sous le bras, triangulaire, vert foncé avec des touches rouges et jaunes, qui tient davantage de l'oscilloscope ou du tableau de bord de soucoupe volante que de l'objet moderne. Je pense que la seule raison qui motive l'établissement à les acheter est qu'ils sont 'involables' (nouveau mot inventé juste pour eux). Les élèves, avec leurs I-pods et maintenant leurs MP4, se foutent joyeusement de nous.
Donc, me voilà affairée à faire démarrer la chose verdâtre, et bien entendu rien ne marche, le volume est à fond, les basses aussi, la touche forward dérape, et au lieu de ma chanson, c'est 'Toutouyoutou' de Véronique et Davina, l'ignoble hymne des deux imbéciles de l'opérateur téléphonique, qui résonne dans la pièce. Je maudis mon chéri qui enregistre n'importe quoi sur ses CDs. Honte absolue.
Scène 2 : LE TABLEAU. Je me souviens que quand j'étais en stage, les salles du collège étaient toutes équipées d'estrades, un véritable cauchemar pour les profs selon moi. Alors certes, on se retrouve en hauteur, ce qui n'est pas désagréable pour mieux voir les élèves, mais on manque régulièrement de tomber ou de se fouler une cheville. Dans mon lycée actuel, il n'y en a pas, mais les tableaux en revanche sont de véritable fourbes. Moment de solitude intense lorsque je me suis pris un coin de tableau en pleine figure. Moment de douleur intense aussi, d'ailleurs les élèves n'ont même pas rigolé. 'ça va Madame ?' moi : 'oui oui, c'est pas grave' (écarlate).
Ils se vengent, ces tableaux, contre nous qui passons nos journées à les barbouiller et à laisser couche sur couche de poussière. Salauds.
Scène 3 : LE DEVOIR OUBLIE. Je dois avouer que le rangement n'est pas vraiment mon fort. J'ai toujours une idée claire et nette de ce que sera mon prochain cours, et les documents pour les élèves sont toujours prêts à l'avance, mais par contre c'est souvent le bazar dans mes dossiers à la maison et dans mon cahier de textes. Du coup, il m'arrive d'oublier certaines choses. Par exemple, bien que cela soit rare, de ramasser un travail à la maison, jusqu'à ce qu'inévitablement un élève trahisse les autres (qui en avaient profité pour ne rien dire, il va de soi) : 'ben Madame, vous ramassez pas les feuilles ?' immédiatement suivi d'un 'pfffff tais-toi crétin, elle s'en rappelait plus' général. Dans ces moments-là, je sors généralement un 'ah ah, justement je vous testais pour voir si vous alliez être honnêtes avec moi' (mais je ne crois pas qu'ils soient dupes lol).
Cependant, un jour ce fut terrible. J'arrive en cours, une classe à qui j'ai régulièrement remonté les bretelles cette année, car beaucoup de bavardage et de désinvolture dans le rendu de travail. Ils se méfient donc, s'installent calmement... et sortent une feuille!! Oh m****, j'ai oublié qu'ils ont un devoir aujourd'hui!! Mais alors, ce qui s'appelle complètement oublié, vu que je n'ai même pas préparé le devoir chez moi. Panique totale dans mon petit crâne. Que faire?
Je dois l'avouer, j'ai choisi la lâcheté. Je leur dis 'bon allez les enfants, je sais que je n'ai pas été très marrante avec vous ces derniers temps, mais vu que votre comportement s'améliore ces jours-ci, j'ai décidé de repousser le devoir à lundi, pour que vous ayez plus de temps de révision'. Dans la salle, des 'ah merci Madame', 'c'est gentil', 'vous êtes cool'... Je me sens éminemment lâche, mais j'ai sauvé ma peau. C'est l'essentiel. Autant vous dire que vu la sueur froide, je n'ai plus jamais oublié un devoir depuis.
Scène 4 : LE LAPSUS. Quand on parle pendant des heures et des heures non-stop, fatalement au bout d'un moment on bafouille. C'est plutôt des mots massacrés qu'autre chose, mais ma bouche a produit deux gros monstres dont je ne me remets toujours pas. Première situation; un texte qui parlait de discrimination à l'égard des homosexuels. J'ai réussi à sortir un 'c'est pas très gai tout ça', totalement involontaire, qui fut longuement applaudi par les élèves 'bravo Madame, quel talent' (et moi cachée sous le bureau).
Puis deuxième situation, en parlant de la difficulté à financer l'éducation des enfants de nos jours, je sors un splendide 'si on veut des enfants de nos jours, c'est sûr qu'il faut bien calculer son coup'. Solitude assurée pendant au moins vingt secondes.
(PS : pourquoi placer le lapsus dans 'Incidents avec le matériel'? eh bien parce que je ne savais pas où le mettre, j'avoue. Mais nous pouvons considérer que notre langue fait partie du matériel essentiel du professeur, non?... Non? Euh, bon bah tant pis)



